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So I could be lovely.
Yes. I'm back.
J'ai perdu le mode d'emploi. J'ai perdus les modes d'emploi. Comment manger correctement? Comment travailler?
Il y en a d'autres sans doute, certains même que je n'ai jamais eu. En fait, je ne sais pas pourquoi j'écris ça. La métaphore du mode d'emploi est mauvaise, en plus. Il n'éxiste pas de mode d'emploi pour ces choses là. Dire "je me suis perdue" serait peut-être plus adapté. Je me suis égarée, éloignée du sentier médian qui constitue la référence, le point de repère. Il pourrait être des années lumières de moi ou à quelques centimètres que ça ne changerait rien. Je ne sais pas à quoi il ressemble, ce sentier, et pourtant je le cherche. Je l'ai sans doute déjà croisé, j'ai du marcher dessus, même. Mais je ne savais pas qu'il était là.
Avant-hier soir, j'avais envie de venir écrire une ligne, simple ligne qui aurait tout résumé :
"And then I remember I was fat."
Ca colle bien avec ce que je raconte plus haut. Cette métaphore stupide du sentier. Stupide mais pratique, alors je vais continuer. En montagne, les sentiers ne sont pas comme des routes goudronnées, ils sont plus ou moins discrets, plus ou moins faciles à trouver. Il y a ceux que tout le monde connaît, qui sont entretenus et qu'on ne peut pas louper. Certains tronçons des circuits de grande randonnée, les "GR". Il y a les sentiers plus modestes, qui sont pratiqués tout de même et qui sont bien visibles, on sait quand on en croise un. Et puis il y a les plus petits sentiers, ceux sur lesquels tout le monde ne s'aventure pas pour la simple et bonne raison qu'il faut savoir pour les voir. Ceux sur lesquels les passants sont tellement rares qu'ils sont parfois recouverts de végétation, comme si jamais personne n'était passé. Mais tous ces sentiers ont un points communs, quel que soit leur degré de visibilité, ce n'est pas ce chemin de terre brassée et tassée (ou pas) que tout le monde suit qui en définit le tracé, ce sont les marques, les signes, les peintures que l'on trouve le long. Deux traits horizontaux jaune, un triangle rouge, deux traits jaune un trait blanc,...parfois un simple coup de bombe orange ou une série de kernes. "Kerne", c'est un mot banal pour moi. J'en ai construit des dizaines petites. Mais une petite recherche google pour en vérifier l'orthographe me montre que ce n'est pas si courant que ça. Un kerne, c'est un tas de pierre que les randonneurs construisent lorsqu'un sentier n'est pas bien balisé. Je m'emporte. Et il est temps de revenir à ma métaphore. Je suis dans une forêt, il y a pleins de sentier différents, pleins de balisages différents, et moi je sais qu'il y a celui que je dois suivre quelque part, mais je ne sais pas lequel c'est.
C'est bien merdique tout ça.
Mais tout ce que je dirai ce soir sera merdique, en fait. Enfin, tout ce que je dirai ce soir m'apparaîtra comme merdique.
Parce que depuis quelques jours, je me hais de nouveau. Et j'ai beau être remplie de bonne volonté, me dire qu'il est temps que ça cesse, que je devais réapprendre à m'aimer, je ne sais pas comment faire. Je n'ai pas le foutu mode d'emploi, je ne sais pas quels fichus signes suivre.
Enfin, c'est pas tout à fait vrai, j'ai quelques vagues idées.
Aller feuilleter les vieilles photos, celles de la période ou tout à commencé à déraper, et voir que en fait, je suis jolie, et que j'étais jolie à cette période là même si j'étais intimement convaincue du contraire. Le seul petit détail, c'est que pendant des années, entre mon onzième et mon dix-septième anniversaire, je fuyais les appareils photos comme la peste. Je n'étais pas la coquette qui se cache la tête parce qu'elle est mal maquillée, plutôt la nevrosée qui se met à hurler si on insiste trop. Tout ça parce que je me trouvais immonde.
Et puis jouer, du violon, parce que je ne sais pas comment, mais ça me fait du bien. Pas tout le temps, c'est pas le remède miracle non plus, mais il y a des moments, des instants ou la justesse est là et ou l'archet est avec moi et pas contre moi, ou tout semble plus facile.
Vraiment. Je tombe dans la niaiserie. L'auto-contemplation ou je ne sais quoi. Merdique, je l'avais déjà dit.
Cette semaine passe comme une éternité.
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Ca m'arrive aussi, de temps en temps, souvent, de me trouver grosse. Non, de m'en souvenir, tout à coup. Oui, la phrase était bien trouvée, quoiqu'affreusement triste. Ca ressurgit, ca me saute à la figure, comme il m'arrive parfois d'oublier de longues semaines que je suis rousse, j'oublie que je suis grosse, j'oublie que je suis nulle, j'oublie que je n'arriverai jamais à rien. Et quand ça revient, je ne sais jamais quelle est la vérité : que je suis belle et aimée ou grosse et seule ?
Je ne parle que de moi et j'en ai conscience, mais c'est surtout parce que c'est ce que je connais le plus. Et puis, reste l'espoir qu'ainsi, avec quelques points communs - vraiment, je devrais tenter de me remettre au violon ? - tu saches que tu n'es pas toute seule. Ca compte, parfois.
Kisses,
Anne.
PS : je suis sure qu'ils avaient raison, la dernière fois, mercredi dernier : tu devais être resplendissante. Alors, ca doit être ca, la vérité : que tu es belle et aimée.
C'est ça, en fait. Tu poses la question à laquelle nous sommes incapables de répondre, on est même pas vraiment capables de se la poser...Suis-je belle ou laide? La vérité, c'est incroyablement loin et très proche en même temps. Loin parce que le doute est là en permanence, la fragilité aussi (pour moi, une vérité ne peut pas être fragile, sinon c'est pas une vérité, c'est une question qui ne veut pas se poser) - proche en même temps parce que j'ai une autre vérité, qui par contre, est solidement ancrée dans mon esprit : je serai mieux si j'étais différente (par différente, entendre "mince", ou "maigre" selon le référentiel).
Je fais la même chose, je ne parle que de moi, et c'est ce qu'il y a de plus vrai, à mon avis. Je ne sais pas ce qu'a été le violon pour toi, mais si tu as connu ces moments ou plus rien n'est important que le son, que le rythme, que je ne sais quoi, que cette vibration...Ce moment où tout est intense et léger en même temps (c'est franchement pas facile à exprimer). Si tu vois ce dont je veux parler, alors oui, je pense que tu devrais essayer de te remettre au violon, sans te forcer, jusque comme ça...Un truc facile, qui te plaise ou il n'y a pas de challenge mais qui ne soit pas ennuyeux non plus...Juste pour le plaisir...